Design web par François Bluteau

Le Moulin du Portage à Lotbinière, sur le bord de la Grande-Rivière-du-Chêne, est un ancien moulin à farine aujourd’hui devenu une petite salle de spectacle fort apprécié.

200 ans se sont écoulés depuis sa construction par le seigneur Chartier de Lotbinière en 1816.  Plusieurs meuniers, plus de dix, et de nombreux évènements ont jalonné son histoire jusqu’à aujourd’hui.

 

Une famille de meuniers y a laissé son empreinte car, pendant 75 ans, de père en fils, en gendre et en petit-fils, les descendants de Télesphore Demers, meunier depuis 1854 et Éloïse Beaudet, ont occupé les lieux y élevant leur famille jusqu’en 1929 alors qu’un « coup d’eau » détruit les mécanismes et que le seigneur décide de ne pas réparer les dégâts.  Les meuneries industrielles étaient en plein essor et un moulin à eau ne pouvait plus les concurrencer.

À sa construction, en 1816, le Moulin du Portage était actionné par l’eau de la rivière; on y avait creusé un canal pour amener l’eau à une grande roue à aubes; les aubes sont des palettes sur lesquelles l’eau vient frapper à la base de la roue.  La majorité des moulins québécois avaient une roue à godets, l’eau venant au dessus de la roue remplir ces auges dont le poids faisait tourner la roue.

 

Au tournant du siècle, la grande roue  fut remplacée par des turbines fonctionnant toujours par la force de l’eau de la rivière.  Au fil des ans, on avait installé une chaussée (un barrage) et augmenté le nombre de moulanges.  À l’arrivée de l’électrification rurale, vers 1945, le moulin reprit vie brièvement (de 1947 à 1952) pour y moudre de la moulée pour les animaux.

Le moulin tomba dans l’oubli, fut vandalisé et servit de toile de fond à ces nostalgiques des temps passés qui venaient s’y faire prendre en photo jusqu’à ce qu’un groupe de citoyens, désolés de le voir dépérir, le prenne sous son aile et, après avoir remué ciel et terre, réussisse à obtenir des subventions pour le restaurer.  Depuis 1964, il était classé donc admissible à des subventions du Ministère des Affaires Culturelles du Québec.

 

Une corporation sans but lucratif, la Société des Amis du Moulin du Portage, est mise sur pieds en 1979 afin de le sauver et, par la suite, le mettre en valeur.  Après trois ans de travaux de restauration, il est rouvert au public avec l’essai d’une nouvelle vocation : salle de spectacles.  La salle est pleine, l’invité de 1985 étant Richard Séguin.  On se joint bientôt à un réseau de petites salles de l’est du Québec, le ROSEQ.  La programmation, de quatre spectacles au début, passera à plus d’une quinzaine ces années-ci.

Un terrible incident va ouvrir une parenthèse de cinq ans car, le 17 mai 1988, un incendie en pleine nuit va réduire le Moulin du Portage en cendres, ne laissant que les quatre murs de pierre.  L’équipe bénévole ne se laisse pas abattre et s’acharne à utiliser toutes les sources de financement disponibles pour le reconstruire fidèlement à partir de relevés architecturaux.  La charpente faite de grosses pièces sera à tenons et mortaises, les planchers de madriers de bois, les fenêtres à petits carreaux si bien qu’il a retrouvé son âme d’antan.

Nous vous invitons à faire le détour et constater la parfaite harmonie entre ce bâtiment imposant et le lieu champêtre qui l’abrite.  Un spectacle entre ses murs de pierre restera gravé dans votre cœur.  Une visite du moulin vous conduira au grenier où vous attend le détail de cette longue histoire avec de nombreuses photos d’époque.